Interview de Théophile Lagraulet – Président de Gadz’Space

Chaque année, l’engagement des élèves ingénieurs des Arts & Métiers dans des projets d’entrepreneuriat et d’innovation grandit et affirme la place des Gadzarts dans ces secteurs.
Dans ce contexte, nous avons eu le plaisir d’interviewer Théophile Lagraulet (Li218) concernant son projet pour le concours ActinSpace!

Qu’est-ce ActInSpace ?

ActInSpace est un hackathon international centré sur le domaine du spatial et ses diverses utilisations. Il est organisé tous les deux ans en partenariat avec de grands noms du secteur tels le CNES, l’ESA, Airbus, SES et bien d’autres. Ces entreprises proposent des challenges allant de l’implantation d’une base lunaire à la protection de l’environnement auxquels les candidats répondent en équipe en pitchant leur projet de start-up.

AMJE Paris : Bonjour Théophile, merci de répondre à notre interview. Peux-tu te présenter rapidement ?

TL : Bonjour, je suis étudiant en 3ème année aux Arts et Métiers, actuellement en double diplôme avec l’université américaine de GeorgiaTech. Je suis passionné par le secteur de l’aérospatial, ce qui m’a conduit à gagner en 1ère année, avec mon équipe, le concours Parabole du CNES (et à voler en apesanteur avec Thomas Pesquet !) et en 2ème année à lancer l’association Gadz’Space sur le campus de Lille.

AMJE Paris : Gadz'Space est une jeune association aux Arts et Métiers, quels projets as-tu réalisé pour la développer ?

TL : J’ai participé avec mon équipe à l’édition parisienne d’ActInSpace il y a quelques semaines et nous avons eu la joie d’y décrocher le 2ème prix, « coup de cœur du jury » avec notre projet Droides. Droides est un projet qui vise à développer des drones en apesanteur afin de développer le service en orbite. Nous travaillons actuellement sur 2 drones : Disco, un premier drone compagnon pour atmosphères pressurisé (la Station Spatiale Internationale par exemple) et Spice, un drone plus élaboré proche du nanosatellite destiné entre autres à faire de l’inspection extérieure de structures.

AMJE Paris : Ton projet est ambitieux ! Peux-tu nous présenter l'équipe avec laquelle tu travailles ?

TL : Nous sommes 5 étudiants dans l’équipe Droides. Julien Arthur De La Villarmois, en double diplôme Arts et Métiers/GeorgiaTech également et déjà étudiant-entrepreneur. Thomas Claudet et Richard Huang en double-diplôme IMT/GeorgiaTech et Frédéric Boudjemaa en double diplôme IMT/Supaéro.

AMJE Paris : Comment vous est venue l’idée de participer à ce hackaton ?

TL : Tout est parti d’une discussion de couloir à GeorgiaTech il y a quelques mois où j’ai proposé à Julien et Thomas de participer à ActInSpace. Puis, de fil en aiguille le projet s’est monté, Thomas a proposé à Richard et Frédéric de nous rejoindre et après quelques discussions sur le choix de notre projet, je leur ai proposé de partir du concept de drone spatial que j’avais déjà bien travaillé et testé avec le projet Thor (concours parabole 2019) et qui me paraissait prometteuse. Nous avons alors planché sur le développement du business modèle, de ses applications, des technologies embarquées et le projet Droides est né !

AMJE Paris : De plus en plus d'étudiants se lancent dans des projets d'entrepreneuriat. Considères-tu que ta formation Arts et Métiers t'a aidé dans la participation à ce challenge ?

TL : Les projets d’entrepreneuriat comme celui-là ou d’autres que l’on peut développer lors de hackathon sont extrêmement pluridisciplinaires : il faut être capable de rassembler beaucoup de connaissances d’un peu partout pour construire l’idée puis en développer les tenants et les aboutissants. Je pense que c’est justement une des forces de ma formation aux Arts, celle d’un vrai diplôme généraliste. L’approche concrète que l’on retrouve dans la teinte industrielle du diplôme des Arts m’a beaucoup appris également et me permet d’avoir tout de suite une approche plus « terre à terre » des projets, c’est important dans le spatial !

Par ailleurs, toute mon expérience humaine coté Gadz est selon moi un atout très fort lorsque l’on se retrouve au cœur d’une équipe et c’est encore plus marquant quand il s’agit de diriger ce groupe !

AMJE Paris : Concernant les potentielles difficultés rencontrées, comment les avez-vous vécues et que vous ont-elles apporté ?

TL : Bien entendu la première des difficultés cette année a été celle d’être 100% en distanciel : l’appel Teams de 24h restera un record malgré cette année de confinements ! Mais la très bonne organisation du hackathon a permis de faciliter la collaboration à distance, même avec les experts et finalement cela n’a pas été un frein (nous avons même réussi à obtenir le soutien de Jean-Francois Clervoy, avant-dernier astronaute français !).

Parmi les nombreux petits cailloux que l’on rencontre en chemin et dont la liste complète serait longue, je retiens personnellement la partie concernant les attendus « business » disons : le jury attend en effet la présentation d’une startup et non d’un projet purement technique, et pour les ingénieurs que nous sommes, laisser la résolution de problèmes techniques au second plan n’est pas toujours évident !

AMJE Paris : Quelle est la suite pour votre équipe ?

TL : Nous préparons actuellement notre candidature pour la version internationale d’ActInSpace qui aura lieu dans quelques jours. Le format évolue légèrement et le fait d’avoir un peu plus de temps nous a permis de faire murir un peu l’idée et de retravailler notre stratégie.

Par ailleurs, l’idée de réellement lancer le projet fait petit à petit son chemin et ce qui semblait n’être qu’un simple projet de hackathon commence à devenir un sérieux projet d’entreprise !

AMJE Paris : Quelle évolution pour ce projet entre la simple discussion de couloir jusqu'à cette volonté de monter une entreprise ! Toutes ces réalisations s'inscrivent donc bien dans ton avenir professionnel ?

TL : Ce projet a été une très belle occasion de rencontrer encore un peu plus le monde professionnel du spatial, à la fois très particulier et extrêmement varié. Après mes stages chez ArianeGroup et Venture Orbital System et mes projets Parabole et Perseus avec le CNES, ces occasions sont vraiment importantes à mes yeux afin d’affiner l’orientation de mon parcours professionnel. En effet c’est une chose d’être passionné de spatial et d’avoir des étoiles dans les yeux en regardant décoller des fusées mais c’en est une autre que de savoir comment on souhaite apporter sa pierre à l’édifice et trouver sa place dans un écosystème qui nous convient.

Concernant le futur je reste vraiment très ouvert car on ne sait jamais ce qui peut arriver même si je conserve en arrière-plan ce rêve d’enfant de devenir le prochain astronaute français !

AMJE Paris : Nous te le souhaitons également ! Aurais-tu un message à destination des étudiants qui hésiteraient à s’engager dans ce genre de défis ?

TL : Ce projet, comme tous les beaux projets qu’il m’a été donné de faire, a été la source de rencontres, de découverte et d’apprentissage tant sur le plan technique que sur le plan humain. Je suis persuadé que ce sont ces expériences, bien plus que notre parcours académique, qui fondent réellement les bases de nos compétences. Nos années étudiantes sont le moment rêvé pour découvrir tout cela alors n’hésitez plus et trouvez le concours ou le projet qui vous motive. Il n’en manque pas, lancez-vous (et pas d’inquiétude tout le monde commence par bluffer avant de savoir vraiment ce qu’il fait) !

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