Interview de Nicolas Devienne – Président du Groupe Professionnel Média – Culture

Nicolas Devienne

Président du Groupe Professionnel Média - Culture


Zoom sur les Groupes Professionnels

Nicolas Devienne nous raconte aujourd’hui son parcours professionnel unique ainsi que la vision qu’il a du GP66 Média-Culture en tant que Président

AMJE Paris : Bonjour Nicolas. Merci d’avoir accepté cette interview.
Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel à la suite de ton admission aux Arts et Métiers ?

ND : J’ai intégré les Arts et Métiers à Bordeaux en 2003 après être passé par une prépa PT* à Toulouse. J’ai suivi un cursus classique à l’époque, 2 ans en centre régional puis la dernière année à Paris. À l’issue de cette année j’ai obtenu un double diplôme AM et Master de Recherche en mécanique des fluides et simulation numérique en partenariat avec l’université Paris VII Pierre et Marie Curie.

Direction ensuite les États-Unis, où j’ai eu la chance de partir en VIE (Volontariat International en Entreprise) pendant 18 mois chez Poclain Hydraulics, en tant qu’ingénieur fabrication puis qualité. Le cadre de vie était incroyable, Racine, une ville moyenne du Wisconsin entre Milwaukee et Chicago, où nous étions une poignée de français dont 3 Gadz ! Une immersion totale, complètement déboussolante, et en même temps tellement enrichissante. Malgré une proposition d’embauche, ne me projetant pas dans le système américain, je décide de rentrer à la fin de ma mission et de retrouver (mes vraies) racines. Je valorise alors mon master et intègre un bureau d’étude aéronautique en aérodynamique chez Aeroconseil (qui sera racheté quelques années plus tard par AKKA Technologie). Me sentant très statique et à l’étroit dans cette activité, je décide d’évoluer vers de l’intégration systèmes, et part sur site client Airbus sur le développement de l’A320neo (nacelle). Au contact de l’équipe américaine qui fournit les nacelles, je retrouve avec plaisir les sensations du travail en environnement anglo-saxon. Le climat de mon entreprise se dégradant et notre rang reculant dans la sous-traitance, les tâches deviennent de moins en moins intéressantes, s’ajoute à cela une perte de sens et un bore out car je suis en sous-charge.

Je remets tout en question et décide de tout plaquer pour intégrer un secteur qui me fascine depuis tout jeune: l’audiovisuel. J’ai la chance de décrocher un CIF (Congé de Formation Individuel) après 18 mois d’attente et 2 refus (et quelques ateliers « Réveille ton étoile » organisés par le Pôle E&C, dont j’étais délégué à Toulouse). C’est parti, je déménage à Avignon avec ma compagne, où je me forme à la fois à l’écriture et à la technique image et son. Je deviens indépendant et lance mon activité. En parallèle je crée le GP66 MEDIA-CULTURE qui rassemble déjà 50+ membres, et m’associe à un chicop’s (Fabrice Ambrosioni, Ai 185 – lui aussi dans le milieu) pour créer la société de production Orage Films.

En 2019 je réalise mon premier documentaire TV 52 minutes « Le Jazz leur est tombé sur la tête » sur le festival Jazz In Marciac, je travaille aujourd’hui sur « SAUVAGE » mon premier projet de fiction TV, un court métrage d’aventure et d’anticipation écologique pour Canal+. D’autres projets de commande sont également mis en œuvre au sein d’Orage Films pour le compte d’entreprises, d’associations, en France et à l’étranger.

En tant que réalisateur et chef opérateur j’imagine, écris et tourne des films. La post-production est prise en charge par une équipe ou par moi-même suivant l’ampleur du travail et le budget. Mes activités sont réparties entre production TV (documentaire, court métrage) et films de commande (promotion, clips musicaux, communication interne et externe, tutoriels, captations etc). Je n’ai pas de limite géographique ou de complexité, étant en capacité de mobiliser mes contacts (dont certaines Gadz du GP !) et de monter une équipe ad hoc pour chaque projet.

AMJE Paris : Quel parcours ! Ça donne envie d’en savoir plus sur ce GP si particulier !
Comment as-tu eu l’idée de le créer ?

ND : Un noyau dur existait déjà de manière informelle, étant en contact avec la Soce via E&C j’ai simplement eu l’idée d’officialiser la structure afin de la faire connaître et de la faire grandir. L’accueil a été très chaleureux et ouvert d’esprit pour la création de ce GP « atypique » pour les Gadz’Arts.

Le GP66 MEDIA-CULTURE rassemble maintenant 106 membres Gadz travaillant dans le secteur de l’audiovisuel, du cinéma, du spectacle vivant, de la muséographie, du jeu vidéo, de la communication, des médias et de la culture en général. Il inclut également les camarades travaillant dans le patrimoine au sens de la restauration et de la conservation. Les profils vont de 100% artiste comme les comédiens ou les musiciens professionnel, les illustrateurs, à 100% technique avec le développement et l’utilisation d’outils robotiques et numériques (motion control, motion capture, live streaming, RV, RA, 3D etc).

Le GP nous permet d’organiser des manips à Iéna (soirées culture et spectacle, conférences ; cela peut aller de la conférence au spectacle vivant ou à la projection de film, des expositions) et de trouver, via l’effet de nombre, des collaborations et des synergies parfois inattendues. Il permet surtout de se connaître et de se soutenir mutuellement dans un secteur précaire et concurrentiel, dont l’importance grandit et dont le potentiel d’innovation s’ignore un peu pour l’instant… d’où le besoin d’ingénieurs à la fois à des postes techniques, artistiques et d’entrepreneurs. On retrouve une autre signification du mot « Arts », notamment avec le numérique, quant à « l’industrie culturelle » elle est également en pleine évolution. Les métiers de la production audiovisuelle et cinéma gagneraient aussi à voir s’y déployer de l’ingénierie, puisque il faut sans cesse innover pour fabriquer les films, qui restent des projets à délais courts, avec des budgets serrés et faisant appel à une organisation agile.. en équipes nombreuses. Je suis persuadé par exemple que la machinerie est un domaine au potentiel d’innovation énorme et que les Gadz’Arts peuvent y apporter une contribution. De nombreux clin d’oeil sont possibles à des archis ayant apporté une contribution au domaine cinématographique (Pierre Angénieux (Cl25), Henri Verneuil (Ai40), André Carpentier (Li46), Frank Verpillat (Cl.66)…).

AMJE Paris : En quoi consiste ton rôle de président ? Quels sont les côtés qui te plaisent le plus ?

ND : Mon rôle est d’animer le GP et d’accueillir les nouveaux membres. Le GP étant « à taille humaine », je connais quasiment tous les membres et ai discuté au moins une fois avec eux. Cela me permet de proposer des synergies et des mises en relation quand c’est opportun. Je travaille également avec les élèves, l’UE et les services communication des TBKs qui peuvent nous consulter pour de l’expertise s’ils le souhaitent.

Ce qui me plait c’est de « rassurer » les nouveaux arrivants qui ont parfois traversé le désert de la reconversion un peu seul. Avec le GP c’est une nouvelle famille qui les accueille. Ils se reconnectent d’ailleurs souvent avec la Soce à cette occasion. Je suis aussi le relai de la Soce sur des sujets de prospective ou d’expertise, et pour orienter les camarades du GP vers les services dont ils ont besoin (E&C, entraide etc). Pour l’anecdote certains élèves me contactent quand ils souhaitent évoluer vers des cursus audiovisuels. Certains parcours peuvent être très techniques et les écoles très sélectives, comme l’école Louis Lumière qui forme les plus grands techniciens du cinéma français.

J’envoie également une newsletter par mois avec un résumé et une sélection de l’actu des différents membres. Nous faisons peu de réunions pour l’instant, attendant patiemment la possibilité de se retrouver en réel et pas en visio. Sinon les échanges sont assez réguliers et informels à travers différents canaux (mails, WhatsApp, LinkedIn etc).

AMJE Paris : Comment vois-tu le développement de ton jeune GP sur les prochaines années à venir ?

ND : J’aimerais mettre en place plusieurs projets et développer plusieurs axes de collaborations

  • Avec les élèves : structuration et bonnes pratiques des boquettes vidéos dans chaque TBK, achat de matériel vidéo, synergies avec la com de la strass sur les évènements Ecole
  • Avec l’UE : ateliers prise de parole en public, media training, concours d’éloquence en Argadz, 24h film type Kino cabaret lors des CE, archivage des vidéos des usin’s de chaque TBK)
  • Avec la Fondation AM : valorisation du patrimoine audiovisuel Gadz, numérisation des archives, sécurisation et stockage des rushs de chaque TBK, muséographie à Liancourt
  • Avec l’AMJE : pourquoi pas !
  • Avec Arts et Métiers Multimédia : soutien, renfort, projets de films

AMJE Paris : Considères-tu que les Groupes Professionnels aient été un plus dans ta carrière ? Les recommandes-tu aux jeunes promotions ?

ND : Indiscutablement par les contacts, les projets en commun et le soutien mutuel ! Cela permet une visibilité également vis à vis de la communauté et d’Arts et Métiers Multimédia aussi.

Je suis surpris du peu de JPs qui connaissent les GPs… et en même temps je ne les connaissais pas moi-même à l’époque. Pour obtenir des contacts, des conseils on ne peut pas trouver mieux. Assister aux conférences et afterworks constitue autant d’opportunités de se renseigner sur les métiers, le secteur, les stages etc.

Le potentiel d’interaction est immense mais demande beaucoup de travail de la part des GPs, dans une vie parfois déjà très remplie. D’où la nécessité que les élèves soient également moteurs dans les échanges. Des tap’s de présentations dans les TBKs seraient une bonne première étape, lors des CE par exemple. Le président de GP doit être très accessible, je réponds à tous les mails et passe du temps au téléphone avec chaque personne si nécessaire.

AMJE Paris : Merci beaucoup pour cette interview et ce temps que tu nous as dédié ! Tu peux être assuré qu'AMJE Paris saura être le relais de l'actualité de ton GP auprès des Jeunes Promotions !

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