Interview de Jean Fournier – Président des Groupes Professionnels

Jean Fournier

President at FJPro SAS


Zoom sur les Groupes Professionnels

Jean Fournier, Président des Groupes Professionnels, nous présente cette société qui rassemble les Gadz’arts (élèves ingénieurs issus d'Arts et Métiers) selon leur secteur économique ou selon leur intérêt professionnel ou personnel.

AMJE Paris : Bonjour Jean. Nous tenions tout d’abord à te remercier pour cette interview.
Tu fais partie de la promotion 1977 du campus d’Angers, peux-tu nous présenter ton parcours professionnel depuis ta sortie d'Arts et Métiers ?

JF : A la sortie d’Arts et Métiers, j’ai réalisé une année de spécialisation en Sciences des Matériaux à Stanford (USA) suivie d’une année de service militaire en tant que scientifique à l’ONERA (recherche aéronautique).

Puis j’ai débuté dans l’industrie en 1982 chez Matra (aujourd’hui Airbus) où j’ai travaillé 4 ans en laboratoire d’essais mécaniques suivis de 3 ans en tant que responsable commercial affaires spatiales.

J’ai ensuite fait un passage dans l’assurance chez Marsh en 1990 en tant que courtier Espace (5 ans), managing director aviation espace (10 ans) puis managing director innovation (3 ans).

Après cela, j’ai créé la succursale de Global Aerospace, 1er assureur mondial spécialisé en aéronautique, en France et sous ma direction de 2009 à 2018.

Enfin, création de FJPro, société de conseil en gestion des risques et assurances des entreprises depuis 2018 dont je suis le président.

AMJE Paris : Qu’est ce qui te plaît dans ton métier actuel ?

JF : La gestion des risques et des assurances permet de combiner les disciplines techniques, juridiques, financières et commerciales dans une activité unique.

Un de mes plaisirs est de savoir que Soyouz ne serait pas en Guyane, que le Very Large Telescope n’aurait pas été construit de façon si économique au Chili, ou que l’Europe n’aurait pas la place qu’elle occupe aujourd’hui dans le secteur aéronautique et spatial si des ingénieurs assureurs n’avaient pas apporté leur contribution. Autant d’aventures professionnelles auxquelles j’ai participé.

Je continue de prendre plaisir aujourd’hui en transmettant les points qui me paraissent les plus importants pour effectuer une carrière dans l’assurance des entreprises, notamment à l’international, et échanger avec les Gadzarts qui ont rejoint ce secteur ou qui souhaitent s’y investir.

AMJE Paris : Pourquoi as-tu rejoint les groupes professionnels et comment en es-tu devenu président ?

JF : Après avoir été délégué de ma promo (DDP) à la sortie de l’Ecole et avoir été un des représentants des DDP au Comité de la Soce (société des ingénieurs Arts et Métiers), j’ai passé la main au bout de 5 ans comme nous en étions initialement convenus avec mes camarades de la An 177 (promotion Angers 1977). Dans ces premières fonctions, j’avais apprécié les relations très sympas que l’on peut entretenir avec des Gadzarts de tous âges au sein de la Soce, et découvert la richesse de leurs parcours personnels et professionnels.

Quand j’ai quitté l’industrie pour rejoindre l’assurance, je me suis naturellement inscrit au GP Assurance tout en restant au GP Aéronautique. Le croisement des deux univers était particulièrement intéressant, et cela m’a permis de constater que les Gadzarts trouvaient très bien leur place, s’épanouissaient et étaient reconnus dans les services financiers où leurs connaissances techniques leur permettaient de se différencier.

Une bonne preuve en a été donnée lors du séminaire d’une journée complète que le GP Assurance a organisé en 1995. Cette manifestation a réuni de grands dirigeants du domaine, avec en conclusion Denis Kessler, à l’époque président de la Fédération de l’Assurance. Il est aujourd’hui PDG de la SCOR, un des principaux réassureurs mondiaux qu’il a redressé de façon spectaculaire et porté dans le top 5 de la profession.

Après avoir présidé le GP Assurance Finance pendant une vingtaine d’année, dont les dix dernières marquées par un fort intérêt et une forte implication des jeunes promos puis des élèves, les circonstances ont fait qu’en 2017, un jeune Gadzart a été d’accord pour prendre la suite, et que, simultanément, un bénévole était recherché pour prendre la présidence des GP.

Comme j’étais convaincu de l’intérêt pour les Gadzarts et pour la Soce de donner plus de place aux échanges professionnels, j’ai proposé ma candidature au poste.

AMJE Paris : Quel est ton rôle en tant que président des GP ?

JF : J’ai pour objectif de faire croître les GP selon plusieurs axes :

  • Faciliter les activités des GP qui fonctionnent bien et contribuer à les faire connaître partout où il y a des Gadzarts (Paris, province, étranger – avec une attention spéciale pour les élèves sur les campus de l’Ecole) via les webinaires.
  • Soutenir ou relancer les GP qui ont plus de difficultés à trouver leur rythme.
  • Créer ou transformer des GP (création des GP média culture et GP Luxe, transformation des GP Machines-Outils en Moyens de Production pour inclure la fabrication additive, du GP Elus Arts & Métiers en Ingénieurs et Territoires pour mieux nous rapprocher des entreprises ancrées en région) pour les faire mieux répondre aux attentes des Gadzarts et plus particulièrement des jeunes promotions (JP).
  • Donner une nouvelle dynamique au GP Management des Ressources Humaines dont l’importance n’échappera à personne en cette période d’évolution très forte des bonnes pratiques managériales au sein des entreprises.
  • Professionnaliser autant que possible les activités de la Soce pour que son action soit plus efficace et qu’elle apporte plus à ses membres en mettant tout en œuvre pour accélérer leurs carrières. La formation tout au long de la vie (AML3 pour Arts & Métiers Life Long Learning) est une composante essentielle qui reste encore à développer.

Tous ces projets sont en bonne voie et les avancées réalisées sur chacun de ces aspects contribuent à enrichir la vie de la SOCE et les relations entre sociétaires.

AMJE Paris : Y’a-t-il beaucoup de réunions organisées par les GP ?

JF : C’est très variable en fonction des GP. Les plus actifs organisaient jusqu’à présent une conférence par mois, avec la possibilité d’alterner périodiquement avec des visites de site. Les moins actifs se limitaient à une à deux réunions par an. Cela dépend de la demande et du nombre de bénévoles qui participent à la préparation des évènements.

Lorsque les GP font partie de réseaux avec d’autres association d’alumni de grandes écoles (G9+ pour le GP IT et Digital, CDCI pour le GP BTP et Immobilier, A+ et Fi+ pour le GP Assurance Finance, Club Auto pour le GP Automobile), les manifestations sont plus nombreuses et plus variées. Nous y retrouvons souvent les Polytechniciens, les Centraliens, les HEC, ESSEC ESCP Europe, etc…

A noter que dans l’aéronautique, les alumni de l’ISAE (Supaero et ENSICA) coorganisent leurs manifestations avec le GP Aéro.

Les réunions du GP sont autant d’occasions de rencontrer d’autres Gadzarts de ce secteur et d’échanger avec eux sur les problématiques d’actualité, les dynamiques des entreprises et les perspectives d’évolution (croissance interne et externe, innovations de rupture ou pas, etc…). Mieux connaître leurs parcours professionnels est aussi riche d’enseignements. Cela peut aussi ouvrir des perspectives pour sa propre carrière.

C’est enfin l’opportunité d’avoir accès en milieu restreint à des conférenciers de qualité qui s’expriment plus librement, sachant qu’ils ont en face d’eux des ingénieurs qui comprennent les problématiques managériales et qui participent au développement des entreprises dans lesquelles ils opèrent.

Le confinement nous a amené à développer les webinaires. Ils présentent le double intérêt d’accroître notre audience en associant plus facilement nos camarades de province, et d’être plus souples à organiser ce qui permet leur multiplication. L’activité des GP devrait donc connaître un renouveau à la rentrée 2020.

AMJE Paris : Quels sont les différents évènements organisés ?

JF : Pour synthétiser, il y en a principalement 3 types :

  • Les conférences sur place (à l’hôtel d’Iéna, mais aussi dans nos locaux de Lyon ou sur les campus des Arts et Métiers) suivi d’un cocktail et, pour ceux qui le souhaitent, d’un dîner avec les conférenciers.
  • Les webinaires d’une durée d’une heure sur des thématiques d’actualité
  • Les visites de site (chantiers ou usine selon les GP)

AMJE Paris : En quoi les Groupes Professionnels ont-ils été un plus pour ta carrière ?

JF : Ce sont des accélérateurs qui permettent de retrouver d’autres décideurs dans un contexte décontracté, sans relation commerciale immédiate.

Il est possible d’y échanger de façon informelle et de se reconnaître en tant que Gadzarts, dépositaires d’une culture partagée, et impliqués dans nos sociétés et nos domaines d’activité.

Il est aussi toujours sympa de voir que quel que soient les interlocuteurs, les représentants des Gadzarts reçoivent un bon accueil et ont le plus souvent des réponses positives aux sollicitations d’intervention qu’ils peuvent exprimer au nom de notre Communauté. Notre formation est reconnue, tout comme la force de notre réseau, et ce sont de vrais atouts pour évoluer dans des environnements professionnels, quels qu’ils soient.

Être connu en tant qu’animateur de GP et donc facilement en relation avec ses pairs dans un secteur économique donné est un vrai plus pour le business. Les relations amicales entre professionnels est important et cela se cultive !

AMJE Paris : Pourquoi conseillerais-tu aux nouvelles promotions d’intégrer un Groupe Professionnel ?

JF : Pour faire des rencontres, pour découvrir de nouvelles tendances dans des domaines connexes à ceux dans lesquels on opère et qui peuvent demain les concurrencer ou les supplanter, pour se faire plaisir tout en apprenant sans effort, etc…

Les GP sont des auberges espagnoles : on y trouve beaucoup de choses, ce que chacun y apporte.

AMJE Paris : C’est sur cette belle comparaison que se termine notre interview ! Merci beaucoup pour tes réponses et ton implication dans la Société des Ingénieurs Arts et Métiers.